Pourquoi je ne fais pas “que de l’hypnose”
- Cédric Nedellec

- il y a 10 heures
- 8 min de lecture
(et en quoi cela change un travail sur les émotions)

Quand j’ai découvert l’hypnose, j’ai eu le même espoir que beaucoup de personnes qui viennent me voir aujourd’hui.
Je me disais quelque chose du genre : « Enfin une méthode qui va me permettre d’aller vite bien. »
L’hypnose m’a beaucoup aidé. Elle a ouvert des portes, apaisé certains symptômes, réconcilié des parts de moi qui se sentaient en guerre permanente...
Mais je me suis rendu compte que l’hypnose seule ne suffisait pas pour apaiser en profondeur mon anxiété et transformer durablement ma manière de penser, de ressentir et d’agir.
J’ai dû, pour moi-même, combiner plusieurs approches. Comprendre mes pensées automatiques, mes besoins, mes schémas relationnels. Apprendre à me parler autrement, à agir différemment, à retrouver du sens...
Ce constat, je le fais aujourd’hui régulièrement en consultation.
Chez certaines personnes, une ou deux séances d’hypnose peuvent déjà créer un changement très net.
Chez d’autres, l’anxiété est plus tenace, l’hyper-contrôle plus enraciné, les ruminations plus anciennes. Dans ces cas là, si l’on ne travaille pas aussi sur les pensées, les besoins, les comportements et les relations, l’ancien mode de fonctionnement revient souvent par la petite porte.
C’est ce qui m’a amené, avec le temps, à développer une approche intégrative, où :
l’hypnose reste au centre,
mais les principes des TCC, de la psychologie positive, de la psychologie des besoins et de la Communication Non Violente sont présents en toile de fond.
Aujourd’hui, je me définis davantage comme psychopraticien en régulation émotionnelle, qu'un simple "hypnotiseur" ou "hypnothérapeute" : J'utilise l’hypnose comme un outil privilégié parmi d’autres, au service d’un objectif très concret : vous aider à reprendre la main sur vos émotions, de façon durable.
L’hypnose comme noyau, les TCC comme structure
Quand on parle de TCC (thérapies cognitivo comportementales), on pense souvent à des fiches d’exercices, des colonnes de pensées, des expositions graduelles très structurées.
Et "c'est pas faux" comme dirait l'autre.
Mais il s'agit aussi d'une grille de lecture, une façon pragmatique et scientifique de comprendre comment l'expérience humaine se structure.
Dans ma pratique, je n’ai pas deux blocs séparés “hypnose” d’un côté et “TCC” de l’autre.
Je préfère intégrer les principes TCC directement dans la façon dont j’utilise l’hypnose et dont je vous accompagne entre les séances.
Concrètement, ça veut dire qu’on va souvent travailler sur trois niveaux en même temps :
Les pensées automatiques
ce que vous vous dites sans vous en rendre compte,
les scénarios catastrophes qui tournent en boucle,
les croyances du type “je ne suis pas à la hauteur”, “si je ne contrôle pas tout, tout va s’effondrer”.
Les émotions et les réactions du corps
la boule au ventre,
les tensions,
l’impression de ne pas réussir à “redescendre”.
Les comportements
l’évitement,
l’hyper-contrôle,
les automatismes qui soulagent sur le moment, mais entretiennent le problème à long terme.
L’hypnose me permet de vous aider à vivre de nouvelles expériences émotionnelles de manière sécurisée, à assouplir les automatismes, à calmer le système nerveux.
Les TCC me permettent de donner des repères concrets, rendre visibles les liens entre pensées, émotions et comportements, et tester de nouvelles façons d’agir, pas à pas, dans la vie réelle.
Par exemple, pour une personne qui :
anticipe chaque prise de parole comme une catastrophe,
se rejoue la scène pendant des heures,
évite toute situation où elle pourrait être vue ou jugée,
nous pouvons :
utiliser l’hypnose pour apaiser la peur, travailler sur l’image de soi, installer des ressources internes,
puis construire, dans l’esprit des TCC, de petites expositions graduelles, des expériences concrètes à tester entre les séances, en travaillant aussi sur les pensées qui surgissent avant, pendant et après.
Au final, hypnose et TCC ne sont pas deux mondes séparés.
Ce sont deux manières complémentaires de travailler sur les automatismes, de la profondeur vers le quotidien et du quotidien vers la profondeur.
La psychologie positive une pratique scientifique loin de la “pensée positive”
La psychologie positive telle que je l’utilise n’a rien à voir avec l’idée de se répéter “tout va bien” quand ça ne va pas.
Loin de là.
Elle s’intéresse, de manière scientifique, à ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue, même quand tout n’est pas simple :
les forces de caractère,
la gratitude,
l’optimisme réaliste,
l’espoir,
la capacité à savourer des moments, même petits,
le sentiment de sens.
Beaucoup de personnes anxieuses ont un point commun : leur mental repère spontanément tout ce qui est menaçant, risqué, imparfait. Le cerveau est presque exclusivement réglé sur “ce qui ne va pas”.
Avec la psychologie positive, nous travaillons à :
réapprendre à voir le bon, le bien et le beau,
repérer ce qui a déjà été traversé, ajusté, réussi, même si cela paraît minime,
retrouver une vision de vie cohérente avec vos valeurs, pas seulement avec vos peurs.
Sous hypnose, ces expériences positives peuvent être amplifiées, intégrées plus profondément.
On peut par exemple revisiter un moment où vous vous êtes senti plus serein, plus capable, plus aligné, et laisser votre système nerveux s’en imprégner de nouveau.
L’objectif n’est pas de nier la souffrance, mais de rééquilibrer le regard, pour que le cerveau ne se nourrisse plus uniquement de danger, mais aussi d’expériences de sécurité et de sens.
Autonomie, compétence, lien : ce qui se joue derrière vos émotions
Derrière une grande partie des difficultés émotionnelles, on retrouve souvent trois besoins psychologiques essentiels :
le besoin d’autonomie (avoir le sentiment de choisir certaines choses dans sa vie, et pas seulement de subir),
le besoin de compétence (se sentir capable, au moins un peu, de faire face aux situations),
le besoin de lien (se sentir relié, reconnu, accepté).
Je m’appuie sur ces besoins comme fil rouge, même si je ne les théorise pas toujours explicitement en séance.
Concrètement, cela veut dire que :
je veille à ce que l’accompagnement ne crée pas une dépendance, mais renforce votre autonomie,
nous repérons ensemble les domaines où vous vous sentez particulièrement en échec ou impuissant, pour reconstruire peu à peu un sentiment de compétence,
nous travaillons aussi sur la façon dont vous vous reliez aux autres, comment vous cherchez ou évitez le lien, ce qui s’active émotionnellement dans vos relations.
Cela se traduit parfois par des questions simples, du type :
“Dans cette situation, qu’est ce qui vous a donné l’impression de ne pas avoir le choix ?”,
“Qu’est ce qui vous ferait vous sentir un peu plus capable face à ce problème, même d’un millimètre ?”,
“De quel type de présence ou de soutien vous avez vraiment besoin, là, en ce moment ?”
L’hypnose vient soutenir ce travail en vous permettant de ressentir ces besoins de manière plus claire et de vivre, en imagination, des expériences où ils sont mieux pris en compte.
Cette grille de lecture peut être également être utilisée en séance sur faire le point sur ce qui freine l'épanouissement et ce qui peut le favoriser. Je l'utilise également quand l'intègre la CNV dans ma pratique.
Comment la Communication Non Violente m’aide à relier émotions, besoins et relations
La Communication Non Violente (CNV) est un autre pilier discret de ma pratique.
Elle m’aide à relier ce que vous ressentez, ce que vous vivez dans vos relations et les besoins profonds qui sont en jeu.
Nous allons souvent :
distinguer ce qui est une observation de ce qui est déjà une interprétation,
mettre des mots plus précis sur vos sentiments,
explorer les besoins qui se cachent derrière ces émotions,
transformer petit à petit les reproches ou les ruminations en demandes plus claires ou en ajustements concrets.
Cela peut concerner aussi bien la relation à soi qu’aux autres.
Par exemple, quelqu’un qui se dit en boucle “Je suis nul, je n’y arrive jamais” peut, avec la CNV, peu à peu découvrir qu’il a surtout besoin de soutien, de reconnaissance, de temps, de clarté sur les attentes.
Avec l’hypnose, on peut ensuite :
apaiser les charges émotionnelles associées à certaines scènes,
travailler sur l’image de soi,
préparer de nouvelles manières de se positionner, plus alignées sur les besoins réels.
La CNV n’est pas un protocole rigide. C’est une manière de regarder ce qui se passe en vous, avec un peu plus de précision et un peu moins de jugement.
Elle permet également d'apprendre à communiquer, sans se sentir coupable ou en ayant peur de "blesser" l'autre.
En quoi tout cela change quelque chose si vous vivez avec une anxiété tenace
Si vous vivez avec :
une anxiété qui prend trop de place,
des ruminations qui ne s’arrêtent jamais,
un besoin de tout contrôler,
la peur du regard des autres,
des émotions qui semblent vous tomber dessus sans prévenir,
cette approche intégrative a un but simple :
vous aider à aller mieux maintenant,
tout en construisant les bases pour que cela dure.
L’hypnose permet de :
calmer le système nerveux,
diminuer l’intensité de certaines peurs,
relâcher l’hyper-contrôle,
retrouver des espaces de sécurité intérieure.
Les principes TCC permettent de :
voir plus clairement comment se fabriquent vos scénarios anxieux,
remettre en question certaines croyances rigides,
tester des ajustements concrets, à votre rythme, dans la vraie vie.
La psychologie positive permet de :
sortir d’un regard uniquement centré sur les menaces,
réactiver ce qui nourrit, ce qui fait sens.
Le travail sur les besoins psychologiques et la CNV permet de :
comprendre ce que vos émotions protègent ou réclament,
ajuster la manière dont vous vous parlez, dont vous vous positionnez,
transformer certains conflits ou malentendus récurrents.
C’est d'ailleurs cette logique d’ensemble qui a donné naissance à la Méthode C.A.P., mon accompagnement structuré pour les anxiétés persistantes, où l’hypnose, la psychoéducation, les exercices concrets et le travail sur les besoins sont articulés dans un cadre clair sur plusieurs mois.
J’ai d’ailleurs rassemblé une partie de ces outils dans mon livre Mon Guide Pratique des Émotions – Comprendre et Agir, pour permettre à chacun de continuer ce travail en autonomie, entre les séances ou en dehors d’un suivi.
À quoi ressemble concrètement un accompagnement
Un accompagnement peut par exemple ressembler à ceci (à adapter à chaque personne) :
Premières séances
faire le point sur ce que vous vivez,
comprendre comment l’anxiété, le stress ou les émotions se manifestent chez vous,
vous faire vivre une première expérience d’hypnose, à votre rythme, sans perte de contrôle,
poser un cadre de travail réaliste, sans promesse de baguette magique.
Séances suivantes
alternance entre temps d’échange et de compréhension (pensées, besoins, relations) et temps d’hypnose,
intégration progressive d’outils concrets, à tester entre les séances,
ajustement régulier du travail en fonction de vos retours.
Entre les séances
parfois, des exercices simples d’observation, de respiration, d’écriture,
parfois, de petits pas concrets dans vos relations ou vos prises de parole,
parfois, des moments de pause, pour laisser le temps au système nerveux d’intégrer ce qui a bougé.
Ce que cette approche n’est pas
Cette approche ne remplace pas un suivi médical ni un avis psychiatrique quand c’est nécessaire.
Je ne pose pas de diagnostic médical, je ne modifie pas les traitements.
L’hypnose n’est pas une baguette magique.
Parfois, les changements peuvent être rapides, voire surprenants.
Mais je ne promets jamais de résultats instantanés, ni de transformation radicale en une seule séance.
Mon objectif n’est pas que vous restiez accroché à la thérapie.
Mon objectif est de vous aider à développer, peu à peu, une autonomie émotionnelle :
mieux comprendre ce qui se passe en vous, mieux réguler vos émotions, mieux vous positionner dans votre vie, même en dehors des séances.
Si vous vous reconnaissez dans une anxiété tenace, un stress chronique, des ruminations, un besoin de contrôle épuisant, vous pouvez prendre le temps de laisser cet article infuser, puis, si vous le souhaitez, faire un premier point pour voir si cette manière de travailler peut vous convenir.



